Éditions GOPE, 240 pages, 13x19 cm, 17.85 €, ISBN 978‐2‐9535538‐8‐8

jeudi 20 septembre 2012

L’épée, Vasit Dejkunjorn


Le général de police Vasit Dejkunjorn (1929 - ) s’est illustré au cours d’une longue et prolifique carrière en tant qu’officier de police, écrivain et éditorialiste. Il a été décoré de nombreuses fois, aussi bien pour les services rendus au Royaume qu’en tant qu’écrivain. Il est ainsi Grand Officier de l’ordre de l’Éléphant blanc, probablement la plus prestigieuse des décorations thaïlandaises.

Ses prises de position franchement pro-royalistes et très conservatrices, notamment dans les organes du groupe de presse Matichon, où il officie en tant que membre consultatif du comité de rédaction, lui ont valu des critiques.


Vasit Dejkunjorn a écrit The Sword en anglais, un exercice auquel il ne s’était pas livré depuis les années cinquante, lors de la rédaction du mémoire de fin d’études de MBA (université de New York). L’épée est la première traduction en français d’un texte de cet auteur, qui a été traduit par ailleurs en anglais et en japonais.

© electricnerve
www.flickr.com/photos/electricnerve/270410903/in/set-72157594307130682

Ces figurines que l’on trouve en vente en Thaïlande sont, au –delà de leur aspect sanouk, quelque peu ambiguës : représentent-elles l’archétype du duo de flics constitué du bon et du méchant ? Le bon étant supposé recueillir les aveux que le méchant n’aurait pas pu obtenir par la force . Ou représentent-elles les deux visages d’une police qui sous son air souriant et débonnaire cache un corps où l’amertume côtoie la corruption ? Dans L’épée, Vasit Dejkunjorn nous donne sa version.


Extrait :

Yuddha feuilletait le procès-verbal d’enquête, tout en faisant semblant de le lire. Quelques pages plus tard, il leva les yeux du document et dit à l’homme d'affaires :
« On dirait que votre chauffeur roulait un peu vite.
— Vite ?
Sia Preeda et son employé étaient manifestement choqués.
Nous nous approchions d'une intersection très fréquentée. Le trafic était…
— J’ai conscience de l’état du trafic.
Le commissaire avait élevé la voix et son ton était glacial.
Il y avait des embouteillages, certes, mais vous rouliez au-dessus de la limitation de vitesse, comme le montrent les mar-ques de dérapage. À propos, qui conduisait vraiment la voiture au moment de l’accident ?
— Qui ? Sia Preeda répéta ce mot, sans en croire ses oreilles : Qu’entendez-vous par “ qui ” ?
— C’est moi qui conduisais, monsieur, offrit le chauffeur, docile.
— Ça reste à voir, rétorqua le colonel, hautain. En même temps, j’ai bien peur que nous ayons à vous garder tous les deux pour un interrogatoire prolongé.
— C’est ridicule ! cria presque l’homme d'affaires. Je vais ap¬peler mon avocat !
—  Après votre inculpation, dit le commissaire d’un ton égal, vous pourrez appeler qui vous voudrez. Mais nous devons d’a¬bord confisquer votre téléphone. C’est une pièce à conviction importante. »
Alors que Sia Preeda, abasourdi, tentait de contrôler sa co-lère, le jeune colonel appuya sur un bouton de son interphone. L’adjudant-chef entra dans la pièce, s’approcha du bureau et attendit les ordres :
« Arrêtez ces deux hommes suspectés d’être responsables de l’accident ! »

© Vasit Dejkunjorn, 2011
© Éditions GOPE, 2012, pour la version française

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